Les Pages d'Histoire de Wallonie 2010
La Principauté de Liège
par Edmond Defechereux
LA RÉVOLUTION
LIÉGEOISE DE 1789
LES FAITS ESSENTIELS (1789-1791)
Chapitre 2
: L'intervention étrangère
(HARSIN, La Révolution
liégeoise..., pp. 55-64.)
La
principauté de Liège faisait partie du Cercle (d'Empire) de Westphalie,
administré par un Directoire : le duc de Clèves (c'est-à-dire le roi de
Prusse), l'évêque de Munster (qui était l'électeur de Cologne) et le duc
de Juliers (qui était l'électeur palatin). Ce Directoire siégeait à
Aix-la-Chapelle (Aachen) et y avait des représentants chargés d'"une
mission d'exécution et d'observation".
Au-dessus des cercles d’Empire : la Chambre impériale de Wetzlar (ce
tribunal d'Empire avait été transféré de Spire/Speyer à Wetzlar à cause
des bombardements de Louis XIV frappant cette région d'Allemagne). En
1789 la position des Patriotes liégeois n'y était pas compromise.
Depuis
l'échec de la révolution hollandaise (1786), la Prusse, unie à la
Hollande et à l'Angleterre, cherchait à nuire à l'Autriche, mal soutenue
par la France : elle ne demandait donc qu'à aider les Patriotes liégeois
contre l'Empereur, le souverain Habsbourg
|
Fabry, admirateur de
Frédéric II de Prusse, s'entendait avec Hertzberg (ministre de
ce roi) et entretint une correspondance avec un agent secret du
premier ministre anglais William Pitt (W.A. Miles) qui résida à
Liège : les Anglais avaient donc aussi des -vues sur le Pays de
Liège. Il ne voulait pas laisser la Prusse profiter de la
moindre occasion de s'agrandir.
Signalons les bons
rapports entre Fabry et de Dohm, représentant de Frédéric
Guillaume II de Prusse au Cercle de Westphalie. Fabry laissa
entendre à la Prusse que le Pays de Liège pourrait entrer dans
la ligue germanique contre l'Autriche.
Le 2 septembre 1789
le roi de Prusse approuva, comme directeur du Cercle de
Westphalie, ce qui s'était passé à Liège et déclara vouloir
empêcher que "des puissances y envoyassent des troupes", mais le
5 septembre il changea d'avis, apprenant le rescrit
de la Chambre impériale du 27 août qui ordonnait au Directoire
du Cercle "d'envoyer des troupes à Liège, de casser ce qui s'y
était fait et de rétablir les magistrats dépossédés".
Le 14 septembre
Frédéric Guillaume II déclarait prendre seulement le rôle de
médiateur. Depuis le 21 septembre 1789 au matin on commençait à
démolir la Citadelle de Liège sans ordre des nouvelles
autorités. Fabry était intervenu pour l'empêcher ; on lui avait
répondu que le peuple l'avait élu Bourgmestre, pareillement,
sans ordre, et que ce même peuple voulait assurer lui-même
sa défense Lettre
de l'avocat Brodel à Dethier, Liège, 22 septembre 1789.
(J. MEUNIER, Un acteur de la Révolution liégeoise, l'avocat
L.F. Dethier (1757-1843), géologue et publiciste, [1ère
partie], dans le Bulletin de la Société Verviétoise
d'Archéologie et d'Histoire, t. 44, Verviers, 1957, p. 26) |

Jacques-Joseph de Fabry
(1722-1798), attribué à Jean Henri Gathy (1752-1811) |
Le 10
octobre, malgré une intervention des États à Wetzlar, la Chambre
impériale maintint sa sentence du 27 août.
Du 6 au
8 octobre des émeutes chassèrent de Liège le résident prussien.
Le 15
octobre la Cité attendait l'arrivée des troupes exécutrices ; Fabry
partit à Berlin ; Frédéric Guillaume II lui conseilla d'accepter les
troupes exécutrices, soucieux de prendre une position solide sur la
Meuse (les troupes autrichiennes furent battues par les
"révolutionnaires" brabançons à la bataille de Turnhout le 27 octobre).
Avant
la fin novembre 1789 un corps de 4000 Prussiens et de 1000 Palatins
envahit "pacifiquement" le Pays de Liège. La plupart des villes
flamandes se soumirent, mais à Liège et dans les autres villes
wallonnes, à part la disparition des cocardes, aucun changement de
magistrature n'intervint et le Règlement de 1684 resta aboli.
Pages précédentes
LE Système d'institutions
politiques et judiciaireS DU PAYS DE LIÈGE
Les
StructureS économiqueS et socialeS du Pays de Liège
LES CAUSES LOINTAINES
LES CAUSES IMMÉDIATES
L'OCCASION-
L'AFFAIRE DES JEUX DE SPA
LES GRIEFS DES NOBLES -
LA DESTRUCTION
DE AOÛT L'IMPRIMERIE D'URBAN
L'INSURRECTION DU 18 AOÛT
17899
|